Béatrice Maurose, voix de la poésie migrante et féminine - Intexto, Journal Nou
- Home
- /
- Entreprise
- /
- Béatrice Maurose, voix de la poésie migrante et féminine

Par : Henri-Robert Durandisse, chroniqueur littéraire
Avec Fragments de mes 65 soleils, Béatrice Maurose signe son cinquième recueil de poésie. Et ce cinquième livre n’est pas anodin : il marque un tournant, une forme de consécration. L’autrice s’y affirme pleinement comme l’une des grandes poétesses de la littérature migrante et féminine, où l’intime devient politique et où la voix singulière résonne comme une voix collective.
Un parcours qui trouve son aboutissement
Depuis ses premiers recueils, Maurose a toujours mêlé mémoire et quotidien, identité et transmission. Mais Fragments de mes 65 soleils atteint une maturité nouvelle. À travers 65 poèmes – autant de soleils que d’années vécues -, elle offre un véritable récit de vie poétique, construit comme une traversée : de l’enfance haïtienne à l’exil, des épreuves à la réconciliation, des silences au pardon.

L’ouvrage est pensé comme une autobiographie fragmentée, mais il dépasse le simple témoignage. Maurose ne cherche pas à se raconter seulement : elle élargit son expérience pour en faire un miroir tendu à toutes et à tous. « Ce recueil ne parle pas seulement de moi. Il parle de nous toutes », écrit-elle dans le prologue.
-Le livre s’organise avec une clarté qui renforce sa portée :
-Racines explore la naissance, l’exil, l’appartenance double à Haïti et au Québec.
-Résilience met en scène les épreuves et les cicatrices, transformées en signe de force. -Lumière célèbre les joies modestes, les instants du quotidien qui deviennent poétiques. -Ouverture conduit vers le pardon et la paix intérieure, donnant au recueil sa tonalité de maturité.
Cette construction en quatre temps lui donne l’allure d’un véritable récit initiatique, où la poésie devient une pédagogie de la vie.

La force de Maurose est de rester fidèle à une écriture simple et claire. Ses poèmes ne cherchent pas le spectaculaire, mais la justesse. Vers libres, anaphores, images concrètes : le café qui coule, la pluie sur la vitre, les mains qui façonnent. Tout concourt à inscrire la poésie dans le quotidien.
Le silence devient une arme : « Chaque silence que je choisis est un acte de résistance et de dignité. » Les mains, quant à elles, incarnent la politique de l’ordinaire : elles pétrissent, portent, soignent, réparent. Ces motifs récurrents, loin d’être des répétitions inutiles, composent une véritable grammaire poétique.
Ce cinquième recueil confirme la place de Maurose dans la littérature migrante. Elle assume son double ancrage : le Sud d’Haïti et le Nord du Québec, le créole et le français, la mémoire ancestrale et l’expérience diasporique. « Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas de là-bas, je suis de partout où le créole se fait entendre. » Cette phrase résume l’essence d’une poésie transfrontalière, qui refuse l’exil comme arrachement et en fait au contraire une source de vitalité.
Mais le livre s’inscrit aussi dans une lignée de voix féminines. La mère silencieuse, la grand-mère patiente, les enfants et petits-enfants : toutes ces figures peuplent le recueil. Elles rappellent que la poésie de Maurose est traversée par la mémoire des femmes, par la force discrète des gestes quotidiens et par l’idée de transmission. Dans ce sens, elle rejoint une tradition où l’écriture des femmes devient mémoire collective et acte de résistance.
Avec Fragments de mes 65 soleils, Béatrice Maurose franchit un cap. Ce cinquième livre ne se contente pas d’ajouter une pierre à son œuvre : il la consacre comme une poétesse de qualité, capable de transformer son vécu en parole universelle.
Certes, certains motifs – la lumière, la mer, le silence – reviennent avec insistance. Mais ce ressassement est assumé : il constitue la musique propre du livre, une manière de graver dans le langage les expériences fondatrices.
En définitive, Fragments de mes 65 soleils est plus qu’un recueil. C’est un jalon. Il confirme Béatrice Maurose comme une voix essentielle de la poésie contemporaine, inscrite dans la littérature migrante et féminine. Sa force n’est pas de faire du bruit, mais de tenir une parole sobre, juste, hospitalière.
Avec ce cinquième recueil, Maurose prouve qu’elle appartient désormais à la lignée des poétesses qui comptent. Elle fait de la poésie un lieu d’accueil, un espace de transmission et un refuge lumineux. Une œuvre à lire et à relire, parce qu’elle rappelle que la beauté naît dans la résilience, et que la poésie peut être une maison ouverte pour toutes et tous.
Fragments de mes 65 soleils – Béatrice Maurose Poésie, 2025. ISBN : 978-2-9812574-2-0.
Dépôt légal Bibliothèque et Archives Canada et Bibliothèque et Archives nationales du Québec