Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils ou les derniers Cacos - Intexto, Journal Nou
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Alors que le Conseil Présidentiel de transition (CPT) traverse une zone de turbulences, Leslie Voltaire et Edgard LEBLANC Fils ont publiquement remercié le premier ministre Alix Fils-Aimé. Une prise de position qui, par sa fermeté, rappelle l’héritage des Cacos et relance le débat sur la souveraineté nationale face aux pressions internationales.
Dans l’imaginaire haïtien, les Cacos occupent une place singulière : celle de la résistance paysanne, farouche, indisciplinée, mais profondément attachée à la souveraineté nationale. Les forces d’occupation américaines les qualifiaient de « bandits ». Pourtant, pour l’histoire d’Haïti, ils demeurent les acteurs qui ont pratiquement monopolisé la résistance armée, consciente et délibérée, à l’occupation nord‑américaine de 1915 à 1934. Leur héritage reste un symbole puissant de dignité et de refus de la domination étrangère.
Aujourd’hui, alors que le pays traverse une crise politique majeure, l’évocation des « deux derniers Cacos » prend une résonance particulière. Elle rappelle la tension permanente entre des institutions fragiles, la quête d’ordre et l’exigence de souveraineté nationale.
Un Conseil présidentiel en quête de légitimité
Bien qu’on puisse reprocher au (CPT) d’avoir failli à sa mission — telle qu’elle est définie à l’article 16 de l’Entente, qui consiste à remettre Haïti sur la voie de la dignité, de la légitimité démocratique, de la stabilité et de la souveraineté, tout en assurant le bon fonctionnement des institutions de l’État — il est essentiel de rappeler le contexte de sa création. Lorsque la communauté internationale affirmait vouloir encourager une « solution haïtienne », elle proposa une présidence collégiale composée de neuf membres, chacun doté d’un mandat de quatre mois. Une architecture politique inédite, fragile et difficile à opérer.
Le Conseil présidentiel avait pour responsabilité première de nommer un premier ministre. Depuis son installation, il en avait déjà révoqué un, conformément au mandat qui lui avait été confié. Pourtant, aujourd’hui, divers messages publics émanant d’acteurs internationaux expriment un soutien au premier ministre Alix Didier Fils-Aimé — un soutien qui, selon certains observateurs, contribue à fragiliser la légitimité du CPT, alors même que cette structure avait été initialement encouragée par ces mêmes acteurs.
Les deux derniers Cacos : un geste de résistance
Deux hommes, armés de courage, ont choisi de se tenir debout malgré les tensions et les pressions, et de convoquer la presse pour défendre ce qu’ils considèrent comme le dernier rempart de la démocratie et de la dignité du peuple haïtien. Leur posture rappelle celle de Charlemagne Péralte et Benoît Batraville, deux figures emblématiques de la résistance des cacos, arrêtés et exécutés durant l’occupation américaine de 1915‑1934.
Les conseillers Leslie Voltaire et Edgard LEBLANC Fils ont annoncé que les membres du Conseil avaient voté majoritairement en faveur du départ du premier ministre Alix Fils-Aimé, conformément aux pouvoirs que le CPT avait reçus. Leur prise de position publique, face aux critiques et aux tensions, s’inscrit dans une logique de résistance symbolique.
Ces deux hommes — que l’on peut qualifier symboliquement de « Cacos » — ont, dans les années 1990, participé aux luttes contre les coups d’État et pour le retour à l’ordre constitutionnel, aux côtés du père du premier ministre actuel, l’ancien député de Pétion-Ville/Kenscoff et ancien prisonnier politique Alix Fils-Aimé. Aujourd’hui encore, ils se tiennent devant les représentants de la communauté internationale pour exprimer leur désaccord, comme les Cacos d’autrefois, face aux forces qui cherchaient à imposer leur volonté. Les pressions et les injonctions rappellent celles que subissaient les paysans qui défendaient leurs droits.
Une continuité de combat
Ces deux combattants issus de partis à sensibilité populaire et de gauche haïtienne ont une nouvelle fois refusé de se soumettre. Leur geste s’inscrit dans une longue tradition de résistance politique et morale. En rappelant la mémoire des Cacos, ils affirment que la souveraineté nationale n’est pas négociable et que la dignité du peuple haïtien ne peut être sacrifiée.
En se dressant publiquement contre ce qu’ils perçoivent comme une dérive, Leslie Voltaire et Edgard LEBLANC Fils rappellent une vérité que l’histoire haïtienne ne cesse de répéter : lorsqu’un pays vacille, ce ne sont pas les institutions fragiles qui tiennent la ligne, mais les femmes et les hommes qui refusent de courber l’échine. Leur geste n’est pas un simple acte politique ; c’est un rappel brutal que la souveraineté ne se délègue pas et que la dignité d’un peuple ne se négocie jamais.
Comme les Cacos d’hier, ils opposent un refus net, sans ambiguïté, face aux pressions et aux injonctions. Ils rappellent que la nation ne se gouverne pas par tweets, ni par menaces voilées, mais par la cohérence, le courage et le respect des engagements pris devant le peuple.
Dans un moment où tout semble vaciller, leur prise de position tranche comme une machette dans les ronces : un non clair, un non frontal, un non qui résonne. Un non qui dit que la souveraineté haïtienne n’est pas un décor, mais une ligne rouge.