La communauté haïtienne de Montréal, grande perdante des élections de 2025 - Intexto, Journal Nou
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La communauté haïtienne de Montréal est l’une des plus dynamiques et influentes de la métropole. Depuis plusieurs décennies, ses membres contribuent activement à la société québécoise, tant sur les plans politique, social que culturel. On les retrouve dans des secteurs clés comme l’industrie du taxi, l’immobilier, la restauration, la santé et l’éducation, etc.
Les quartiers de Rivière-des-Prairies, Saint-Michel et Montréal-Nord comptent parmi les pôles les plus importants de cette communauté.
L’engagement politique de la communauté haïtienne s’est particulièrement renforcé à partir de 2007, lors des élections dans la circonscription provinciale de Viau.

L’arrivée d’Emmanuel Dubourg sous la bannière du Parti libéral du Québec a marqué un tournant. Sa candidature a mobilisé de nombreux bénévoles, dynamisé la participation citoyenne et donné à la communauté un sentiment d’avancée significative dans la sphère politique québécoise.
L’importance de cette représentativité s’est également manifestée lors du séisme du 12 janvier 2010. Le député de Viau avait alors proposé au gouvernement provincial d’accueillir les familles des membres de la communauté touchées par la catastrophe, qui a fait près de trois cent mille victimes. Ce programme a permis à plus de dix mille Haïtiens d’immigrer au Canada.
Quelques années plus tard, le départ de Denis Coderre de la scène fédérale a ouvert une nouvelle fenêtre d’opportunité. Le chef du Parti libéral du Canada de l’époque avait encouragé le député provincial de Viau à se présenter dans la circonscription fédérale de Bourassa, un territoire comprenant une grande partie de Montréal-Nord, fortement associé à la communauté haïtienne.
Cette décision visait à offrir une représentation plus directe à une population historiquement active, mais sous‑représentée.
Bien qu’il y ait une députée d’origine haïtienne sur l’île de Montréal, paradoxalement, encouragée à se présenter par la même personne qui avait soutenu Emmanuel Dubourg lors de son passage au fédéral — en l’occurrence le très honorable Justin Trudeau — certains se demandent s’il ne s’agit pas d’une tentative de réparer une erreur envers l’une des plus grandes communautés de l’île de Montréal.
Le Parti libéral du Canada a offert son siège à Mme Marjorie Michel, qui lui succède dans la circonscription de Papineau.
À la différence de l’ancien député de Bourassa, en poste de 2013 à 2025, qui a ouvert la voie à une représentation accrue au sein de l’appareil fédéral — notamment par la nomination de deux sénatrices — Mme Michel, ancienne cheffe de cabinet adjointe du premier ministre, assumait déjà de lourdes responsabilités au sein du PLC: responsable des élections pour le caucus du Québec en 2019, puis responsable des élections au Canada en 2021. Elle incarne les valeurs du parti et n’a pas été choisie uniquement en raison de ses origines haïtiennes.

La circonscription de Papineau, où la ministre de la Santé succède à son prédécesseur, se distingue par une composition démographique extrêmement diversifiée. Elle est l’une des plus multiculturelles de Montréal, ce qui signifie que les citoyens d’origine haïtienne y représentent une proportion plus faible que dans des quartiers comme Montréal‑Nord, Saint‑Michel ou Rivière‑des‑Prairies, considérés comme des bastions traditionnels du PLC.
Pour certains membres de la communauté, cette réalité démographique contribue à l’impression que leur poids politique s’est dilué, malgré la présence d’une élue issue de leurs rangs dans la métropole économique du Québec.
Malgré la popularité de la seule députée d’origine haïtienne sur l’île de Montréal au sein de sa communauté, et la fierté suscitée par sa nomination au sein du cabinet MarK Carney, une inquiétude demeure : si elle quitte un jour la vie politique, rien ne garantit qu’elle sera remplacée par une personne issue de la même communauté — une demande pourtant exprimée par plusieurs membres et acteurs de la communauté auprès du PLC en 2025.
Bien qu’il y ait trois députés d’origine haïtienne siégeant à la Chambre des communes, il est important de noter que, mis à part la députée de Papineau, les deux autres — Joseph Natilien, député de Longueuil–Saint‑Hubert, et Tatiana Auguste, députée de Terrebonne — représentent de nouveaux gains pour le Parti libéral du Canada.
Les élections de 2025 laissent ainsi un sentiment partagé au sein de la communauté haïtienne de Montréal. D’un côté, la présence d’une députée d’origine haïtienne au sein du caucus libéral représente une continuité symbolique et un motif de fierté. De l’autre, plusieurs acteurs communautaires estiment que cette avancée individuelle ne compense pas l’impression d’un recul collectif, particulièrement dans les circonscriptions où la communauté est historiquement implantée et politiquement active.
La redistribution du pouvoir, les réalités démographiques et les choix stratégiques du Parti libéral du Canada ont ravivé un débat plus large : celui de la représentation durable et équitable des communautés culturelles au sein des institutions fédérales. Pour plusieurs, la question dépasse la simple présence d’une élue d’origine haïtienne. Elle touche à la capacité de la communauté à préserver son influence politique, à transmettre son héritage de mobilisation et à garantir que ses enjeux demeurent visibles dans l’espace public.
Roger Romulus