(2e) La communauté haïtienne perdante des élections de 2025 - Intexto, Journal Nou
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Après le recul fédéral, qu’en est‑il au niveau local ?
Alors que la communauté haïtienne a déjà encaissé un recul notable sur la scène fédérale, sur l’Île de Montréal, les élections municipales de 2025 confirment une tendance préoccupante : l’influence politique locale s’effrite, particulièrement dans les arrondissements où sa présence est pourtant historique et déterminante. Montréal‑Nord, longtemps considéré comme un bastion identitaire, peine désormais à jouer ce rôle symbolique.
Une communauté bien implantée, mais fragilisée politiquement
Présente sur l’ensemble du territoire montréalais, la communauté haïtienne est l’une des plus nombreuses, des plus anciennes et des mieux intégrées du Québec. Son enracinement remonte à la Révolution tranquille, période durant laquelle elle a commencé à occuper une place durable dans le tissu social, culturel et économique de la province.
Aujourd’hui, une forte concentration de membres de cette communauté se trouve dans les arrondissements de Rivière‑des‑Prairies, Saint‑Michel et Montréal‑Nord — ce dernier étant souvent considéré comme un symbole identitaire majeur, intimement lié à l’histoire haïtienne à Montréal.
Depuis plus d’une décennie, plusieurs personnes issues de la communauté haïtienne ont été élues au sein de différents partis municipaux. La présence est devenue stable à Saint‑Michel et Rivière‑des‑Prairies, tandis qu’à Montréal‑Nord, elle demeure plus irrégulière.
Les élections de 2021 ont marqué un moment historique : sept élu·e·s, un sommet jamais atteint. Plusieurs observateurs attribuent cette percée au travail stratégique du président de Projet Montréal, Guedwig Bernier, qui avait misé sur une vision inclusive et une ouverture accrue envers les femmes et la diversité montréalaise.

Ensemble Montréal : un recul constant depuis 2009
Du côté d’Ensemble Montréal, la dynamique est différente. Pour retrouver une présence significative d’élus haïtiens dans ce parti, il faut remonter à 2009, sous l’administration de Gérald Tremblay, où deux élus — Frantz Benjamin et Monica Ricourt — occupaient des postes clés.
En 2013, l’arrivée de Denis Coderre permet d’élargir la représentation à trois élus, nourrissant un véritable espoir au sein de la communauté. Mais cet élan sera de courte durée.
L’élection partielle de 2016 à Montréal‑Nord marque un point de bascule. Plusieurs membres de la communauté souhaitaient convaincrele parti Ensemble Montréal de présenter un candidat haïtien à la mairie. Leur démarche, jugée légitime, mais maladroite par certains observateurs, n’a pas été retenue. Le parti choisit plutôt Christine Black.
Deux ans plus tard, Monica Ricourt, alors la seule élue d’origine haïtienne au conseil, est remplacée par Renée‑Chantal Belinga, une candidate d’origine africaine qui poursuivra ensuite son mandat de manière indépendante.
Si cette décision a été saluée par certains dirigeants communautaires, elle a aussi créé un malaise chez plusieurs acteurs politiques locaux, qui réclamaient une représentativité plus alignée sur la réalité démographique de Montréal‑Nord, où la communauté haïtienne constitue l’un des groupes les plus importants au sein de la population noire.
Le constat est clair : depuis 2016, l’influence politique de la communauté haïtienne à Montréal‑Nord ne cesse de diminuer.
• Le seul élu haïtien restant a failli être remplacé par un candidat issu d’une autre communauté.
• Ce remplacement n’a été évité que grâce à l’intervention de leaders et d’élus de la communauté haïtienne.
Parallèlement, des proches de la mairesse ont multiplié les rencontres avec divers acteurs politiques et communautaires. À quelle fin ? Reste à déterminer si ces démarches ont contribué, volontairement ou non, au recul de la représentativité haïtienne à d’autres paliers. Pour plusieurs observateurs, ces choix successifs ont fragilisé la confiance d’une partie de la communauté.
Longtemps perçu comme un bastion politique et culturel, Montréal‑Nord risque aujourd’hui de perdre ce statut symbolique. Sans mobilisation, sans stratégie et sans unité, la représentativité politique de la communauté haïtienne pourrait continuer à s’effriter.
Un appel à la vigilance et à la mobilisation
Dans ce contexte, les acteurs communautaires haïtiens doivent redoubler d’efforts en vue des prochaines élections provinciales.
La communauté possède l’histoire, la présence démographique et la légitimité pour jouer un rôle majeur dans la vie politique montréalaise. Mais ce potentiel ne pourra se concrétiser sans :
• une mobilisation accrue,
• une stratégie collective,
• un leadership renouvelé,
• et une participation citoyenne plus forte.
Les élections de 2025 ne marquent pas seulement un recul électoral : elles révèlent un besoin urgent de réflexion et de réorganisation. Montréal‑Nord pourrait redevenir un moteur politique — mais seulement si la communauté choisit de transformer ce revers en point de départ.